Paradoxes et problèmes éthiques liés aux modifications corporelles

ORLAN, Triptych Opera Operation, 1993.

Le Body Art comme l’art charnel se conçoivent comme des pratiques choquantes et subversives. Parce qu’elles utilisent le corps, et donc l’humain, elles soulèvent irrémédiablement des questions éthiques. Les articles suivants nous permettront d’aborder cet aspect en interrogeant le rôle de la médecine, la conception de l’humanité, ainsi que l’état de réduction du corps à celui de simple médium et les paradoxes qui en découlent.

Nous avions déjà parlé, dans notre article  sur « l’importance du corps dans la construction identitaire« , de l’éditorial « Culte de l’individu et perte de l’identité » rédigé par Yves Charles Zarka pour Cités n°21, publié en janvier 2005 et disponible sur Cairn. Mais cet article nous permet également d’aborder la question des paradoxes inhérents au Body Art ou à l’art charnel.
En effet, l’auteur soulève le problème de la « finitude » de l’être humain: la société actuelle nous pousse dans la voie du changement facile;  mais bien souvent, plus on cherche à se parfaire, plus on se défait et s’éloigne d’un état achevé.

Ce premier article peut aisément être lié aux travaux d’ORLAN. C’est aussi le cas de l’article « Ceci est mon corps: Orlan ou de l’identité incertaine » déjà évoqué dans notre billet « Le rapport particulier au corps dans le body art et l’art charnel« . Cette publication a été rédigée par Michaela Marzano, docteur en philosophie et chercheur au CNRS, toujours pour la revue Cités n°21.
Elle interroge les paradoxes impliqués dans les travaux d’ORLAN. Ils amènent à la négation de son propre corps par de multiples opérations, apparentées à des « blessures », alors même qu’il est érigé comme porte-drapeau de l’identité. De plus, il est impossible pour autrui de reconnaître à ORLAN une nouvelle identité puisque celle-ci n’est jamais stable et se veut en construction perpétuelle.

On peut ensuite évoquer l’article « Les relations des sujets body arts avec leurs propres corps » de Valérie Verneuil, psychologue clinicienne, publié dans le journal des psychologues n°263 du 10/2008. Nous l’avions déjà cité dans nos billets sur « Le rapport particulier au corps dans le body art et l’art charnel » et « transitivisme et idéal du moi : la relation à autrui dans le body art« .
Il nous a cependant semblé pertinent de l’évoquer à nouveau car l’auteur soulève aussi certains paradoxes liés au Body Art et à l’art charnel : la reconstruction perpétuelle ne finirait-elle pas par devenir une défiguration, une déconstruction, à l’image d’ORLAN chez qui « le miroir semble être brisé, les organes se nomadisent, la chair devient viande »(paragraphe 29). L’auteur souligne aussi les problèmes éthiques de ces pratiques artistiques, désaxant la médecine de son ambition originelle pour modifier un corps, ce qui irait donc contre l’humanité elle-même.

Enfin, l’article intitulé « De médecine en art contemporain : éthique du désir et jouissance du corps« (Cliniques méditerranéennes, 2/2007, n° 76, p. 189-205) conçu par Catherine Desprats-Péquignot, psychologue clinicienne, psychanalyste, maître de conférences faisant également partie du Centre de recherches en psychanalyse et médecine de Paris 7 , met en relation les avancées médicales et scientifiques avec les travaux d’artistes contemporains qui prennent comme matière première le corps humain. La démultiplication des possibilités de manipulation de celui-ci, amène l’auteur à observer un rapport nouveau entre le sujet et sa condition humaine. Le corps devient le lieu où se sculptent les fantasmes infinis de l’homme. Ainsi, l’auteur perçoit une réduction de la notion de corps à un simple matériau malléable à souhait, où se reflète l’ambition originelle de l’humain : une jouissance sans entrave « du réel du corps » pour accéder à la jouissance de « l’Autre Chose » (concept lacanien).

ORLAN, The Second Mouth (Seventh surgery), Omnipresence, 21 novembre 1993, New-York, c-print, 110×165 cm.

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