Du travestissement dans l’art contemporain : la remise en question de l’identité genrée

Lüthi Urs, Tell me who stole your smile, photograhie faisant partie d’une série de huit, 1974, 44,2 cm x 32,4 cm, signée et nommée : « Urs Lüthi 45/60 », kunstmuseum Luzern, Suisse, © Urs Lüthi.

Préoccupés par la question du genre, les artistes contemporains recourent aux nouvelles théories constructionnistes et constructivistes afin de démontrer que le genre est profondément culturel. Ainsi, le travesti ou le transsexuel mettent en lumière les codes genrés du sexe opposé en se les appropriant, et affirment le genre comme une construction.

L’article « Informer, déformer, la catégorie de l’identité », publié dans la revue « ethnologie française » n°36, 04/2006 (hébergé sur Cairn), a été rédigé par Nadège Mezié, doctorante en ethnologie lors de sa rédaction. Il nous permet d’abord de nous familiariser avec les théories de l’époque en analysant les propos de deux auteurs américains : Georges Chauncey et Judith Butler, qui ont pu influencer les artistes c

ontemporains, dont ORLAN.
Tous deux se proposent, face à la multiplicité des formes identitaires, de réévaluer le terme même d’identité et plus particulièrement celui « d’identité genrée ». Ils critiquent la rigidité des catégories préalablement établies ainsi que l’idée d’une identité genrée ou sexuée qui serait naturelle, innée, car dépendante du sexe biologique. De cette façon, ils cherchent à rendre compte de toute la complexité de la cons

truction identitaire dépendante de « contextes spatio-temporels », en dialogue avec la culture et les catégories sociales.
Georges Chauncey s’intéresse à l’histoire de la sexualité et plus précisément à  celle de la subculture gay de New-York. Il déconstruit les clichés qui lui sont accolés en développant une théorie constructionniste ou l’identité sexuelle se fait produit de l’histoire, donc mouvante selon les périodes et les contextes. Ainsi, il décompte trois temps différents : le début des années 1920 où l’identité structure la culture et où le mode de l

a « présentation sexuée de soi » domine. Ici, c’est le « genre » et non pas l’orientation sexuelle qui détermine l’identité (il développe l’exemple des « fairies »). À la fin des années 1920, on assiste à un renversement puisque c’est désormais l’o

bjet du désir sexuel qui détermine la catégorie à laquelle l’individu se rapportera (hétérosexuel ou homosexuel). En dernier lieu, à la fin des années 1930, lorsque la période de la prohibition s’achève, les frontières qui séparaient les hétérosexuels des homosexuels s’effacent, laissant place à un climat d’inquiétude: la différence entre « normaux » et « anormaux » devient imperceptible.
Quand à Judith Butler, elle

cherche principalement à dissocier les notions de culture et de nature, ainsi que celles de genre et sexe. L’individu se construit par rapport à des catégories sociales, des termes (tels que les insultes) qui préexistent avant lui. Le genre n’est plus déterminé par le sexe biologique mais se développe par le biais d’énoncés performatifs (comme le « oui » d’un mariage). De même, le sexe est une de ces normes que l’individu doit se réapproprier dans un processus de subjectivation. L’idée de « pouvoir » remplit un rôle ambivalent : elle assujettit l’individu, et s’accompagn

e alors d’un sens négatif, tout en participant à sa définition, ce qui la caractérise ici d’un sens plus positif.
Mais l’individu se créant par le biais du langage, en assimilant les termes et en les rapportant à sa propre identité, il peut – et devrait selon Butler – les réutiliser avec un accent subversif. Il procéderait alors à une resubjectivation qui lui permettrait de reformuler son identité.

L’article « du jeu à la norme » (tiré de la revue Empan n°65, janvier 2007, hébergé sur Cairn, écrit par Jérome Carrié, artiste plasticien, doctorant en arts plastiques et sciences de l’art à l’université de Toulouse-Le Mirail) se concentre sur les apports de l’art contemporain q

uand à la question du constructivisme du genre. Il porte plus précisément son attention sur le travail d’Urs Lüthi et Cindy Sherman, deux artistes qui se servent de leur corps pour aborder le thème du travestissement. Cette spécificité ne rejoint pas des enjeux narcissiques, mais a pour ambition d’affirmer le genre comme une construction sociale normée. Finalement, ils étendent le sens du terme « travestissement » à tout ce dont on use quotidiennement pour affirmer notre identité genrée (poses, expressions, vêtements, maquillage…) qu’elle soit con

forme à notre sexe biologique ou non.

En dernier lieu, l’article « Changer de sexe les nouveaux jeux de l’art contemporain » (rédigé par Diane Watteau, artiste, critique d’art, agrégée et maître de conférences en Arts plastiques à l’université paris 1 panthéon-sorbonne, publié dans la revue : Savoirs et clinique janvier 2003, n°02) étudie la manière dont les artistes contemporains

se sont emparés, par différentes approches, de la question de l’identité genrée et sexuelle, entre déconstruction et jeu avec le spectateur. Elle interroge de cette façon l’apport de la psychanalyse dans ces nouvelles représentations du sujet. Urs Lüthi y est considéré dans la lignée de Claude Cahun, en raison de son goût pour les problématiques concernant le travestissement, l’ambiguïté sexuelle et la multiplication des identités.

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