Transitivisme et idéal du moi : la relation à autrui dans le body art

Comme chez Urs Lüthi, sous le narcissisme propre au Body Art, le rapport à autrui est prépondérant. En effet, même si ces artistes n’aspirent pas, à l’inverse de Lüthi, à devenir le miroir du spectateur, leurs œuvres deviennent pourtant pour autrui le lieu d’une réflexion sur soi.

L’article « Séduction et art contemporain », rédigé par Erica Francese, psychologue et psychanalyste, publié dans la revue le Journal des Psychologues (n° 259 du 06/2008) puis ensuite mis en ligne sur cairn, s’intéresse au thème de la séduction dans le travail d’ORLAN.
Séduction et « fascination » – c’est à dire séduction perverse incluant une dimension horrifique – sont des notions toujours très présentes chez l’artiste, tant par les sujets qu’elle choisit, comme la sainte en extase ou la prostituée, que par la manière dont elle les aborde. Ses travaux, toujours plus provocants, interrogent les désirs de notre société ainsi que le rôle des avancées médicales dans le développement de l’idée du « surhumain ».
Ses travaux expriment un narcissisme tout puissant et un fantasme d’auto-création, ils ont donc une dimension très personnelle et égocentrique, car comme l’écrit l’auteur « la quête identitaire est une affaire individuelle, perpétuelle et insatiable ». Cependant on observe dans le même temps que ces productions interrogent le rapport à autrui : elles permettraient au spectateur de faire par procuration ce qui lui est normalement interdit ou impossible. Ainsi, il investirait ces œuvres de son propre idéal du Moi.

L’article « les relations des sujets body art avec leur propre corps », également hébergé sur cairn et paru dans la revue le Journal des Psychologues (n°263 du 10/2008), écrit par Valérie Verneuil, psychologue clinicienne, s’intéresse entre autre au rapport à autrui dans le cadre du Body Art.
L’auteur pense que le stade lacanien du miroir, première phase de la compréhension de l’égo et de la construction de l’identité, ne s’est pas effectué normalement chez les Body artistes ce qui les pousseraient à le renouveler constamment par leurs travaux identitaires, se servant du spectateur comme d’un nouveau miroir. Dès lors, un parallèle se crée entre spectateur et artiste. Ce dernier semble ancré dans une logique extrêmement narcissique, et dans une attente perpétuelle de reconnaissance ; ses performances, choquantes et extrêmes, deviennent alors le moyen d’attirer le regard de cet autre par le biais duquel l’artiste va pouvoir se construire. Mais, le propre narcissisme et les fantasmes du spectateur affectent et conditionnent sa perception de l’œuvre, ce qui le conduirait à y projeter une image de lui-même. Ainsi, de même que l’artiste peut se percevoir à travers le spectateur, le spectateur se projette en l’artiste. L’auteur invoque la notion psychanalytique de « transitivisme » propre à qualifier ce jeu de miroirs.

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