Genre et art

Tandis qu’un grand nombre d’œuvres d’ORLAN interrogent la place de la femme dans notre société, Urs Lüthi joue à estomper les frontières entre le féminin et le masculin. C’est ainsi que ces artistes contemporains s’approprient les problématiques du genre sous lesquelles vibrent notre époque.

ORLAN, Vierge blanche et noire en Assomption sur moniteur vidéo et jouant des pistolets, 1993, cibachrome collé sur aluminium, c-print, 160×120 cm, Collection Fond municipal d’art contemporain, Marseille.

Pour comprendre l’enjeu de cette notion ainsi que son lien avec l’art, il paraît pertinent de s’intéresser à l’article rédigé par Pascale Molinier, Séverine Sofio, et Perin Emel Yavuz, actuellement hébergé sur le site de revues Cairn, «  Les arts au prisme du genre : la valeur en question  » publié au sein la revue Cahiers du Genre 2/2007  (n° 43, p. 5-16). En effet, les auteurs expriment le souhait ainsi que l’intérêt d’aborder l’histoire de l’art (et plus précisément les arts plastiques) au travers du concept du genre. Ils se concentrent sur l’étude de la notion de valeur en art, et retracent l’évolution de sa signification au fil de l’histoire de l’art. Ainsi, ils distinguent une « tradition de l’histoire de l’art canonique », qui établit une « vision téléologique du progrès artistique » dont nous sommes encore tributaires aujourd’hui. Cette dernière soutient le mythe de l’artiste émergeant de l’ombre par la seule reconnaissance de son talent, tout en figeant une réflexion révolue sur la création artistique. Les auteurs soulignent combien l’étude genrée de l’art et de son histoire discrédite ceci en bouleversant les fondements de la pensée actuelle de l’histoire de l’art .

Dans une même idée, l’article « Pensée queer et mélancolie du genre« , publié dans les cahiers du genre n°43 de 2007 (hébergé sur Cairn), conçu par Frédérique Villemur, docteur en histoire et civilisation des sociétés occidentales, spécialiste en histoire et théorie de l’art, interroge l’intérêt pour l’histoire de l’art d’inclure l’approche queer que l’auteur tente par ailleurs de définir.
La pensée queer effectue une redéfinition du genre et de l’identité genrée. Ils résultent selon lui d’une reconfiguration du corps et d’une imitation des attributs d’autrui. L’auteur fait également appel aux théories de Lacan et affirme le genre en tant que structure mélancolique liée au refus de la perte du corps maternel « comme objet d’amour ». L’évocation des travestissements de Marcel Duchamp, Claude Cahun et Cindy Sherman vient étayer son discours puisqu’en parodiant les attitudes genrées ils affirment leur « réversibilité » et leur caractère artificiel. Finalement, en essayant de démanteler le système genré et binaire, la pensée queer aurait amené à l’émergence du corps « transgenre » susceptible d’opérer un dépassement du schéma actuel.
L’auteur déplore également que les grandes figures de cette pensée se concentrent sur son aspect politique mais négligent la question artistique, or selon l’auteur, l’artiste serait pourtant particulièrement à même de discuter et déplacer les normes.
Enfin, le fait que le système artistique lui-même soit régi par les lois du genre justifie une approche queer. Ainsi, le dessin et la peinture d’Histoire relèveraient du masculin alors que la couleur et les scènes de genres seraient associées au féminin. Il suffirait alors de déceler ces aspects pour permettre une approche queer de l’histoire de l’art et ainsi d’en renouveler notre vision.

Lüthi Urs, Tell me who stole your smile, photograhie faisant partie d’une série de huit, 1974, 44,2 cm x 32,4 cm, signée et nommée : « Urs Lüthi 45/60 », Kunstmuseum Luzern, Suisse, © Urs Lüthi. Galerie et édition Stähli (Zurich) puis Galerie Krips (Munich) avant achat par le Musée d’art de Lucerne en 2008.

Afin d’étayer notre propos, nous nous permettrons ici de faire à nouveau référence à l’article rédigé par Nadège Mezié « Informer déformer la catégorie d’identité », publié dans la revue ethnologie française n°36, 04/2006, et hébergé sur Cairn. Nous vous en proposions un résumé détaillé notre article « Le rapport particulier au corps dans le body art et l’art charnel » en portant notre attention sur la prééminence de la manipulation du corps au sein de la construction de l’identité genrée. Nous l’avions également étudié dans notre article « Du travestissement dans l’art contemporain: la remise en question de l’identité genrée » en vue d’expliciter l’identité genrée.

Enfin, la psychanalyste Geneviève Morel, au sein de l’article  » Sexe, genre et identité : du symptôme au sinthome « , publié en 2005 au sein du n°21 de la revue Philosophie, Politique, Histoire (actuellement lisible sur le site de revues Cairn) nous permet d’approfondir la question du genre. L’auteur s’appuie sur l’essai de Pierre-Henri Castel portant sur le transsexualisme, intitulé  La métamorphose impensable, pour tenter de répondre à une question que pose cet ouvrage, à savoir : « la psychanalyse nous ouvre-t-elle, grâce à l’inconscient, un nouveau champ du savoir sur le sexe ? ». Elle critique les positions de Freud et Lacan pour définir le processus de sexuation, puis concentre son attention sur le concept lacanien appelé « sinthome » qui permet de comprendre dans un ensemble cohérent la singularité de la sexualité de chaque être. Il est « ce qui noue ensemble R, le Réel (la jouissance), S, le Symbolique (le langage, le signifiant, la parole), I, l’Imaginaire (le corps propre, le sens, les images), et qui soutient donc la réalité dans sa consistance pour un sujet ». De cette façon, elle affirme en psychanalyse la « subjectivation du sexe ».

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