Le Body Art au féminin

Le Body Art se révèle comme étant un vecteur privilégié pour formuler une parole virulente qui interroge, bouscule le statut du corps tant dans l’intimité de chaque individu que dans la place que lui concède la société. Les recherches d’ORLAN permettent notamment de cristalliser sa pensée subversive quand au statut octroyé à la femme et à son corps par notre société. La radicalité de ces actions nous permet de croire que des problématiques singulières fleurissent dès lors que les body artistes sont des femmes. Les articles qui retiendront notre attention se proposent d’étudier la question sous un angle psychanalytique.

ORLAN, Operation-Opera (Fifth Surgery Performance), 6 juillet 1991, Paris, cibrachrome in diasec mount,165 x 110 cm.

Tout d’abord, afin de mieux saisir les enjeux de ce nouveau genre artistique, nous nous concentrerons sur les propos de Simone Korff-Sausse, psychanalyste, maître de conférences à l’UFR Sciences Humaines Cliniques de l’Université Denis Diderot-Paris 7 et membre de la Société Psychanalytique de Paris. En effet, dans son article  » Quelques réflexions psychanalytiques dur le Body Art « , publié dans la revue Champ psychosomatique 4/2004 (n°36, p.171-183, hébergé sur le site de revues Cairn), l’auteur s’interroge sur le lien qui unirait les pratiques du Body Art et les nouvelles psychopathologies concernant le corps. En s’appuyant sur la pensée de Michel Thévoz, elle analyse dans un premier temps les fondements du Body Art en l’inscrivant dans une tradition artistique. Elle se concentre ensuite sur ses spécificités à savoir qu’il utilise « le corps propre non seulement comme support, mais comme moyen de l’expression artistique ». De plus, elle n’omet pas de souligner la part fortement transgressive et politiques contenues dans le Body Art. Cette démarche permet à la psychanalyste de soulever les multiples questions apparues avec le travail des body artistes (dont ORLAN), telle que la relation qui s’établit entre l’art et la science, la volonté de jouer avec les frontières de la mort… Lorsqu’elle s’attarde sur la radicalité des pratiques, Simone Korff-Sausse en vient à s’interroger sur le rapport du Body Art avec le masochisme. L’auteur suggère ici deux pistes d’interprétation pour mieux comprendre ce genre. La première se demande si le Body Art ne dessine pas un corps de douleur niant toute connotation symbolique qui, en filigrane, tisse une réflexion sur la souffrance de l’autre. La seconde vision, au contraire, consiste à se demander si le caractère profane et transgressif des interventions sur le corps ne permet pas de remettre en lumière sa dimension symbolique, sacrée. D’autre part, le Body Art pourrait également être perçu comme un moyen de réitérer des repères symboliques, identificatoires, afin de combler leur déficit au sein de nos sociétés contemporaines. Ce genre artistique fait aussi émerger d’autres questions telles que s’il y a bien sublimation dans ces pratiques, ou encore si l’œuvre continue à s’adresser à autrui (alors que le narcissisme prédomine). Enfin, le Body Art invite à repenser le modèle psychique de la perversion ainsi que la différenciation entre un produit de consommation et une  œuvre d’art.

Quand à l’article « Miroirs, de Narcisse à Dionysos », publié dans la revue L’en-je lacanien 2004/2 (n°3) hébergé sur cairn et rédigé par Brigitte Hatat, psychanalyste et membre de l’École de psychanalyse des Forums du Champ lacanien, il nous permet d’aborder la complexité qui régit la pratique des body artistes femmes. Celui-ci a déjà été pointé dans notre article « Le rapport particulier au corps dans le Body Art et l’art charnel » car il évoquait le rôle primordial du corps dans la construction identitaire, et plus particulièrement dans le Body Art.
Mais il se concentre également sur les identités sexuées en évoquant le problème récurant et typiquement féminin de la recherche d’un « autre symbolique ». Afin d’illustrer son propos, l’auteur fait référence au travail d’ORLAN. Cette dernière démontre en effet le caractère insaisissable de « La » femme irréductible à une « identification dernière ».

Enfin, la psychanalyste Geneviève Morel, dans son article « Body art : un art entre deuil et mélancolie ? » publié dans la revue Savoirs et clinique 1/2006 (n° 7, p. 119-129), analyse l’évolution psychique du personnage principal d’un roman, artiste et victime d’un deuil, dans le but de démontrer qu’une œuvre relevant du Body Art condense un « processus de deuil ». L’auteur lie alors deuil et sublimation, pour ensuite mêler la conception freudienne et lacanienne du travail de deuil. Elle définit ce dernier comme une quête de construction de l’objet que le sujet représentait pour le défunt. Le sujet s’approprie en outre des traits de cet objet, afin qu’il puisse y avoir la séparation avec lui tout en en conservant quelque chose. Par conséquent, l’artiste tenterait de dessiner des traits de cet objet dans son œuvre. Geneviève Morel affirme par ailleurs une « affinité structurale » entre la jouissance féminine et le vide intérieur ressenti par le sujet lors d’un deuil afin d’expliquer la présence importante de femmes body artistes.

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