Le rapport particulier au corps dans le body art et l’art charnel

Le Body Art et l’art charnel, affirmant le corps comme seul et unique médium artistique, adhèrent aux conceptions de l’enveloppe corporelle comme véhicule de la quête identitaire. Il nous a donc parut nécessaire de souligner ce rapport particulier à la chair dans ces courants développant de nouvelles pratiques artistiques dans lesquelles s’affirment des visions et des usages inédits du corps.
Par ailleurs, les articles qui suivrons nous permettrons d’aborder un aspect propre à ORLAN: la multiplicité des identités résultant de ses nombreuses transformations corporelles.

ORLAN, Needle of anesthetizing syringe in upper lip, 7th Surgery-Performance Titled Omnipresence, New York, 1993, Cibachrome dans diasec vacuum / Cibrachrome in Diasec mount, 165 x 110 cm.

En premier lieu, nous vous invitons à vous référer à notre précédent post sur l’importance du corps dans la construction identitaire, et plus particulièrement au dernier lien pointé « l’Art corporel: matrice de l’Homme nouveau ? » car s’il amorce sa réflexion par des propos généraux sur l’usage du corps dans la quête identitaire, il s’attarde également sur le cas du Body Art.

Dans son article « Miroirs, de Narcisse à Dionysos« , publié dans la revue L’en-je lacanien N°3 de février 2004 et disponible sur Cairn; Brigitte Hatat, psychanalyste et membre de l’École de psychanalyse des Forums du Champ lacanien, aborde les différentes constructions identitaires ainsi que le rôle primordial qu’y joue le corps en ce qu’il définie les limites du sujet, son enveloppe le différenciant d’autrui. Elle analyse cet aspect à travers les travaux d’ORLAN et en conclue qu’à force de manipulations corporelles, l’artiste atteint une forme d’identité multiple et risque à tout moment l’éclatement de son ego.

L’article de Valérie Verneuil, psychologue clinicienne, »Les relations des sujets body art avec leur propres corps« , publié dans le journal des psychologues n°263 du 10/2008, disponible sur Cairn, que nous avons déjà pointé dans notre article « transitivisme et idéal de moi: la relation à autrui dans le body art« , aborde également le rôle du corps chez les body artistes.
L’auteur tente d’y saisir les motivations, conscientes et inconscientes, qui justifieraient leurs pratiques proches du masochisme. Elle s’intéresse notamment à ORLAN dont il est question dans la dernière partie de l’article.
Le corps de ces artistes apparaît comme le matériau le plus adapté à l’expression de leurs préoccupations et il se fait d’abord le véhicule de leurs quêtes identitaires. Le corps, sans cesse remodelé et questionné, est considéré comme un « vêtement », c’est à dire qu’il est étranger à soi. Par lui et les violences qu’ils lui font subir, les artistes cherchent à se reconstruire une identité unifiée.
Mais, sublimé par l’art, il leur permet aussi d’exprimer leurs fantasmes. ORLAN aurait, par exemple, eu celui d’un mariage avec Dieu, lequel serait invoqué dans sa série « sainte ORALAN ».

D’autre part, l’article « Art corporel: le corps entre pensée sublimatoire et pensée opératoire » rédigé par Patrick Merot pour la Revue française de psychanalyse vol.69 (5/2005, p. 1583-1596, hébergé sur cairn) est le lieu d’une interrogation  sur la nature psychanalytique de l’art corporel. L’auteur y définit la place du corps et le situe ainsi entre « une pensée opératoire et une pensée sublimatoire ». Les pratiques de l’art corporel ont un lien avec une pensée opératoire car ces actions, par un refus de représenter et donc une volonté de présentifier, miment une pensée qui rejette toute symbolisation. Pour définir le lien avec la sublimation, l’auteur critique la position freudienne à ce sujet car elle met en scène des paradoxes, surtout lorsqu’il s’agit de la confronter à l’art corporel. Il adopte alors la théorie lacanienne de la sublimation, afin de démontrer que l’artiste tente, dans l’art corporel, de figurer « la Chose », concept désignant la part purement charnelle et sexuelle présente dans la relation à autrui; celle-ci est indicible et insaisissable.

L’article « Ceci est mon corps: Orlan ou de l’identité incertaine » tiré de la revue Cités n°21 datant de janvier 2005, publié en ligne sur Cairn et rédigé par Michaela Marzano, docteur en philosophie et chercheur au CNRS, permet d’étudier le thème de l’identité chez l’artiste ORLAN ainsi que l’utilisation de son corps dans le cadre de sa quête identitaire. En effet l’artiste prône l’auto-engendrement du sujet, tant à travers ses œuvres que son discours. l’individu se créé lui-même en intervenant directement sur son enveloppe corporelle, laquelle acquiert alors une place prépondérante.

La lecture de ce dernier article peut être complétée par celle de  » De la chirurgie esthétique à Orlan: corps performant ou performé ?« , rédigé par le sociologue Brunet-Georges Jacques et publié dans la revue Interrogations n°7 datant de décembre 2008. Il pose la question du rapport entre chirurgie et identité, plus particulièrement dans le cadre des identités genrées. Il s’appuie notamment sur les travaux d’ORLAN puisqu’ils détournent la chirurgie esthétique et les idéaux de beauté qui lui sont liés, et prônent la capacité et le droit du sujet à choisir son identité.
En effet, l’artiste reprend les propos de la philosophe américaine Judith Butler, évoqués dans l’article « Informer déformer la catégorie de l’identité » de Nadège Mezié (publié dans la revue ethnologie française n°36, 04/2006, cairn), que nous avons explicité dans notre billet  » Du travestissement dans l’art contemporain: la remise en question de l’identité genrée« . Elle défend notamment la liberté du sujet à s’ériger lui-même, affirme que le genre résulte d’une construction, et nie l’idée d’une identité stable et définitive du sujet. ORLAN s’approprie ces affirmations et les pousse à l’extrême.
En dernier lieu cet article évoque aussi la critique récurrente faite à ORLAN au sujet de son « narcissisme ».

ORLAN,  ORLAN accouche d’elle-m’aime, photographie noir et blanc de la Série Corps-sculpture (1964-1967), 1964, 81×76 cm (avec cadre), Tirage unique, collection de l’artiste.

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