La réification de l’individu par le corps

Le XXème siècle, et dans son prolongement notre époque, ont connu de nombreux bouleversements autant sur le plan sociétal que scientifique. La conjonction de ces phénomènes a engendré une nouvelle conception du corps qui n’a pas manqué, évidemment, de bouleverser le rapport de l’individu à son propre corps.

ORLAN, Sans titre, Série Omnipresence-Surgery, photographie couleur, 1993.

Dans un premier temps, nous nous permettrons de citer à nouveau l’article d’Olivier Bobineau » La troisième modernité ou ‘ l’individualisme confinitaire ‘  » publié dans la revue en ligne SociologieS. Ce dernier était mentionné dans notre article « La société moderne, un nouvel environnement » pour la richesse de ses explications concernant les multiples mutations que connaît le XXème siècle, mutations qui constituent le terreau de notre époque.
Toutefois, cet article nous permet également d’aborder les fondements qui ont institué une nouvelle perception du corps dans les sociétés occidentales contemporaines.  En effet, dans la partie intitulée « les huit mutations de l’individu hypermoderne », et plus précisément dans le deuxième paragraphe nommé « le rapport au corps », l’auteur évoque les avancées médicales qui, depuis les années 1930, ont libérer le corps de son asservissement à la douleur, à la maladie. Désormais, « l’homme devient en quelque sorte responsable de la qualité et de la durée de sa vie ». Les progrès fulgurants en matière de fécondité ont aussi opérer un « bouleversement complet des rapports entre les hommes et les femmes ». Pour ce qui est des découvertes et perfectionnements en chirurgie, biogénétique, ou clonage, ils ouvrent des perspectives nouvelles : l’individu peut non seulement façonner son corps selon son désir pour ainsi mettre au monde un « corps auto-produit », mais également « envisager demain l’auto-engendrement ».

Enfin, nous nous intéresserons aux propos d’Élisabeth Tissier-Desbordes, sociologue de la consommation, professeur au département marketing de l’École supérieur de commerce de Paris, vice-présidente de l’Association française de marketing et membre de l’Association for consumer Research. Elle travaille sur le genre et la communication et a publié plusieurs ouvrages sur le marketing.
Dans l’article Le corps hypermoderne, elle porte son attention sur le corps, interrogeant sont rôle dans la société et pour l’individu. Elle est amenée à confronter plusieurs théories: moderne, postmoderne et hypermoderne, pour en conclure que c’est cette dernière qui domine notre société actuelle. Elle s’appuie également sur les travaux des chercheurs en comportement du consommateur.
Ainsi, l’auteur développe un rapide historique de la considération du corps à travers les époques et les courants de pensée afin d’amener sa réflexion sur la société moderne. Celle-ci voue un véritable culte au corps pourtant devenu un objet de consommation parmi tant d’autres. Elle promet de le parfaire sans efforts grâce à des produits « miracles » et sans douleur, sans hésiter à renforcer son discours par des termes scientifiques et des chiffres, omniprésents. Le corps doit correspondre à un ensemble de normes de santé, de beauté et de sexualité que vient étayer le discours médical qui fige tout écart à ces normes comme une imperfection à neutraliser. Pour l’individu, le corps est à la fois constitutif de son identité, et « objectifié »: puisqu’il peut le desservir s’il ne correspond pas à son identité interne il est perçu comme extérieur à soi. Il s’agit de le remodeler mais  sans douleur : le plaisir devient la norme.
Cependant, la surexposition de la chair n’est pas sans paradoxe : les images qui nous sont offertes sont retouchées, truquées et donc manquent en réalité cruellement de « corps ». Elles sont la transcription de son effacement dans une société ou il est de moins en moins sollicité, en dehors de sa vocation de signe.
Il devient à la fois un lieu de contrôle de la société sur les individus par le biais des normes et des produits de consommation, et un lieu de contrôle de l’individu sur le monde: il ne peut s’en rendre maître qu’en dominant d’abord son propre corps. Cette importance qui lui est conférée est le reflet de la montée de l’individualisme et du narcissisme caractéristiques de la société actuelle. Le progrès est omniprésent mais uniquement dirigé vers l’individualité, il n’y a plus de pensée collective du progrès.

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3 réponses à “La réification de l’individu par le corps

  1. Très bon site. Intéressant et vivant.

  2. On se croirait dans le film Brazil de Terry Gilliam … le paraître est malheureusement porté au nues , au détriment de l’être et le progrès va dans ce sens , il flatte l’ego et l’enrichissement matériel de l’individu …

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