La société moderne, un nouvel environnement

La société moderne découle d’une multitude de bouleversements sociaux, culturels et politiques qui plongent l’individu dans un environnement nouveau, exigent et froid.
Avant de nous attarder plus particulièrement sur le cas du sujet hypermoderne, nous allons d’abord tenter d’éclairer le contexte de son émergence.

Orlan, Série Corps-Sculpture (1964-1967), photographie noir et blanc,1965, 81 cm x 76 cm (avec cadre), tirage unique, musée d'art contemporain du val-de-Marne, Vitry-sur-Seine.

Orlan, Batracien sur fond noir, Série Corps-Sculpture (1964-1967), photographie noir et blanc,1965, 81 cm x 76 cm (avec cadre), tirage unique, musée d’art contemporain du val-de-Marne, Vitry-sur-Seine.

Dans cette optique, « La troisième modernité ou l’individualisme confinitaire » nous permet d’évoquer les changements spécifiques au XXe siècle, qui ont conduit à l’avènement de la société hypermoderne.
Cet article publié dans la revue SociologieS (06/06/11, disponible sur le portail revues.org) a été rédigé par Olivier Bobineau, chercheur au Goupe Société, Religions, Laïcité (CNRS-EPHE), et maître de conférences à l’institut catholique de Paris et à sciences-Po Paris.
L’auteur propose d’analyser le contexte sociologique du XXe siècle et plus particulièrement celui des années 1980 afin de définir ce qu’il nomme la « troisième modernité » dans laquelle s’épanouit l’individu hypermoderne ». Il évoque trois crises majeures ayant bouleversé les années 1980: une crise économique, puis politique et idéologique, et enfin une crise religieuse. Leur conjonction temporelle met au monde l’individu hypermoderne, fruit de huit « mutations anthropologiques » (concernant un nouveau rapport à soi, à son corps, aux autres, aux choses, au temps, à l’espace, aux idées et aux valeurs, puis à la transcendance et au salut). Une mutation est cependant prépondérante car elle récapitule toute les autres et spécifie l’individu hypermoderne : c’est le rapport de l’individu à son identité (l’identité étant comprise comme le « processus de construction de sens à partir d’un attribut culturel, ou d’un ensemble cohérent d’attributs culturels », définition sociologique de Manuel Castells.) Afin de préciser sa pensée, Olivier Bobineau définit la modernité : elle se caractérise donc par la « culture de la séparation », selon l’expression du sociologue Alain Tourraine, gouvernée au premier chef par la séparation « des institutions et des sentiments ». La « troisième modernité », celle dans laquelle nous vivons, continue de posséder des caractéristique propres à la période moderne (la culture de la séparation et l’individualisation) tout en présentant un élément nouveau: l’individu hypermoderne se construit et se singularise par la revendication d’affinités partagées, appelées « confinités dans la mesure ou elles valent d’abord et avant tout parce qu’elles sont partagées au sein de groupes restreints ». Ainsi, la troisième modernité ouvre l’ère de « l’individualisme confinitaire ».

Kahlo Frida, Autoportrait (debout) à la Frontière entre le Mexique et les États-unis, 1932, Huile sur métal, 31 x 35 cm – Collection Manuel et Maria Reyero, New-York.

Cette évolution de la société vers une nouvelle modernité a également induit un renversement du climat politique au XXIe siècle comme cela est explicité dans l’article « Grand résumé de La Société des identités Éthiques et politique dans le monde contemporain, Montréal, Athéna éditions, 2007 » (SociologieS, mis en ligne le 18 octobre 2011, hébergé sur revues.org).
Jacques Beauchemin, professeur titulaire de sociologie à l’université du Québec de Montréal au Canada, y résume la thèse de son ouvrage paru en 2007, La société des identités. Éthiques et politiques dans le monde contemporain. Il y propose une réflexion sur la nature du politique dans nos sociétés contemporaines, et plus précisément sur ses failles. Il développe un regard critique sur l’effet du nouveau principe fondateur de regroupement des acteurs sociaux : l’identité. L’auteur parle de la crise du « projet éthico-politique moderne », terme qui décrit le projet politique soutenu par la modernité souhaitant accueillir les volontés émancipatrices des individus tout en les cadrant dans une éthique du vivre ensemble. Ce dernier apparaît aujourd’hui incapable de rassembler la multiplicité des groupes autour d’une ambition visant un bien commun. Au fondement de ces difficultés, se trouve l’individualisme, qui domine sur le plan éthique, doublé de son expression politique: une « citoyenneté particulariste ». L’individualisme pousse l’individu vers l’autoréalisation sous la pression de la réussite ou de l’exclusion. Quant à la « citoyenneté particulariste », elle désigne le phénomène majoritaire selon lequel les citoyens s’affirment aujourd’hui, c’est-à-dire sous la forme de regroupements à fondement identitaire qui ont soif de reconnaissance politique et entendent faire valoir leurs droits en arborant leur singularité. Ainsi, l’idéal d’universalisation formulé par la société moderne est mis en péril. En effet, les relations de pouvoir ne sont envisagées que sous l’aulne de l’égalité (de fait) et de la tolérance, réduisant le politique à n’avoir qu’une « fonction régulatrice » servant à reconnaître des intérêts corporatistes. Cet essai défend la nécessité, pour le politique, de construire un horizon commun capable de réguler les forces émancipatrices en mettant en lumière la solidarité, ceci afin de renouer éthique et politique.

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